Critique du film « L’exercice de l’Etat » sur un ministre des transports et son cabinet

La fiction politique est un genre malheureusement peu développé en France(*) donc à encourager.

Bande annonce de ce film :

attention, ce qui suit dévoile en partie le scénario et des moments clés du film (rebondissements).

Le personnage principal du film est un ministre des transports issu de la « société civile » (il n’a pas de « fief électoral »).

Michel Blanc est son directeur de cabinet (DirCab) de droite (on devine sa tendance politique dans la scène où il écoute et répète un discours de Malraux dans son appartement (de fonction ?)).

Quelques notes prises en vrac pendant le film :
– la scène du début du film (avec la femme nue et le crocodile) est à mon goût inutile même si elle se veut métaphorique.

– la trouvaille cinématographique de montrer des SMS sur iPhone en « surimpression » à l’écran pendant des scènes est une bonne idée (on pourrait appeler ça du « cinéma augmenté ») ;

Le film est glauque. La scène du repas très arrosé d’alcool entre le ministre qui veut s’encanailler ou se rapprocher du peuple, son chauffeur intérimaire de sa femme d’origine italienne est très glauque. Scène qui a lieu dans la caravane du chauffeur silencieux et de sa femme.

le film est cruel pour les hommes politiques.
Il prouve, comme le soulignait Olivier Kempf d’EGEA que tout pouvoir, même partant des meilleures intentions, corrompt.
. Compromissions : la scène où le ministre arrange la perte d’un passeport de sa fille ou de la fille d’un collaborateur est là pour le rappeler. Autre scène de corruption : celle où la voiture du ministre emprunte une portion d’autoroute non finie pour rejoindre une réunion à Paris du bureau politique de l’UMP (commission des investitures) plus rapidement.
. Citation de Michel Rocard (rapportée ici approximativement et de tête) : « la politique est l’un des seuls métiers où l’on ne peut pas satisfaire tout le monde ».
. le ministre n’a pas le choix entre avaler des couleuvres en se taisant ou perdre un arbitrage du premier ministre ou du « PR » (c’est ainsi qu’est appelé le Prédident de la République dans le film).
Comme l’avait dit Chevènement à propos de sa démission pendant la guerre du Golfe (1990-1991) : « un ministre, ça ferme sa gueule ou ça démissionne ».

Le film est dur : scène de l’accident de voiture avec le corps du chauffeur estropié

– Les anecdotes et le scénario du film sont sûrement basés sur un fond de vérité (même si le dossier principal, la privatisation des gares, n’a jamais été à l’ordre du jour en France à ma connaissance). Les scénaristes ont du se renseigner et récolter des confidences et ils les ont rassemblées dans un seul film.

– Enseignement politique véridique : popularité d’un homme politique après un accident même « mérité » (popularité de Chevènement après son coma, de Chirac après son AVC…)

– hasard heureux : la conseillèr(e) politique (en communication) du ministre qui échappe au renvoi grâce à la providence (l’accident du ministre qui lui fait changer ses plans).

– ce que le film montre et prouve : certains hauts fonctionnaires (énarques) respectent plus l’Etat que les hommes politiques. Le DirCab (Michel Blanc) convaint son ministre de l’opportunité de retourner sa veste et trahir ses conviction en défendant la privatisation des gares après avoir été contre. Malgré cela, entre le ministre et le DirCab, c’est le DirCab qui défend le plus l’intérêt de l’Etat et qui ne trahit pas ses convictions en proposant sa démission alors que le ministre ne le fait pas.

– à la fin du film, on voit un remaniement de l’intérieur avec ses côtés cruels (ici pour le DirCab qui est renvoyé par le PR lors du remaniement). Dominique Bussereau, ancien secrétaire d’Etat au transports a confirmé que cette anecdote est réaliste.

– Une scène du film (celle de la cour de l’Elysée) a été tournée à l’Elysée même !

– Le ministre des transports du film lit le quotidien sportif L’Equipe en cachette !

– une scène du film montre des membres du gouvernement (ou du cabinet ?) regarder la prise et le saccage d’une préfecture par les « Conti » (salariés du manufacturier de pneus Continental qui ont fait l’objet d’un plan social célèbre)

– Dominique Bussereau (ancien ministre des transports) a confessé que la scène où la voiture du ministre des transports est pris dans une manifestation n’est pas réaliste. C’est pourtant une scène intéressante.

– la scène où l’on s’apeçoit que des informations confidentielles ont fuité arrive tellement souvent…

– Marc-Olivier Fogiel est toujours aussi insupportable dans son rôle d’interviewer agressif, autant dans la vraie vie que dans le film.

CONCLUSION PERSONNELLE : les scènes sont plus intéressantes que le jeu des acteurs (qui est bien mais pas génial ni assez fidèle au double langage et au cynisme des politiques : le fait que le ministre soit le personnage le plus honnête du film (avec le DirCab) n’est pas très réaliste).

La fin est abrupte mais intéressante, c’est une bonne idée de refermer le film (qui n’avait pas d’évènement « perturbateur » au début) sur le remaniement. Comme dans les livres réalistes, c’est une « tranche de vie » qui est montrée : le passage d’un homme politique dans un ministère.

Meilleure scène du film : celle entre le DirCab (Michel Blanc) du ministre des transports et son ancien camarade de promotion à l’ENA qui part pantoufler dans le privé chez Vinci.
Le DirCab a une position très important en politique en France.

émission sur le cinéma de France Culture qui est une longue discussion/interview avec le réalisateur.

interview de Dominique Bussereau, ancien secrétaire d’Etat aux transports

Récompense obtenue par le film :
César du meilleur acteur dans un second rôle – Michel Blanc
(je trouve que son interprétation n’est pas extraordinaire)

. Nominations :
– César du meilleur film
– César du meilleur réalisateur
– César du meilleur acteur (Olivier Gourmet)

* Autres fictions politiques françaises :
La Conquête
Le film L’exercice de l’Etat est bien meilleur que La Conquête. La conquête est intéressant par le jeu d’acteur mais trop « politicien » (s’attarde sur les petites phrases)

– fiction sur la promotion Voltaire (1980) de l’ENA :
. L’école du pouvoir 1ère partie
. L’école du pouvoir 2e partie.

Fictions politiques étrangères :
In the Loop
The Queen

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